South Africa as a contemporary frontier society


This post is a commentary on an ongoing conversation taking place about Race, Frontiers and Fences on the Johannesburg Workshop in Theory and Criticism Blog.
Yara El-Ghadban

Waiting for the Barbarians, J.M. Coetzee

Waiting for the Barbarians, J.M. Coetzee

Beyond the common knowledge of South Africa’s violent history and the anti-apartheid struggle, one of my first intimate encounters with South Africa was my reading of J.M. Coetzee’s Waiting for the Barbarians a few years ago. The image of this dusty frontier town stranded at the edge of nowhere and left to fend for itself in the dying days of the Empire against an imaginary barbarian army moving ever closer has stayed with me, as an especially eloquent account of the human capacity to distort reality in order to frame it within one’s own world view. For the reader quickly comes to understand that the feared Barbarians where never coming and that it is, au contraire, the settlers who kept going beyond the boundaries of their frontier town, provoking encounters with the Other that took place almost exclusively on Barbarian land. Despite this fact, the fear of an imminent invasion ends up plunging the town in a sort of collective hysteria and the town ends up collapsing in on itself, self-destructing through the symbolic torture of the Magistrate, the main character in the novel.
An important detail to point out, the Magistrate’s downfall begins with an intimate relationship with a Barbarian girl and his decision to take her back to her people after attempting to heal the wounds inflicted on her by his compatriots. Herein lies a perfect representation of an intrigue that keeps playing out again and again in the Western imagination. By showing the girl a grain of humanity, the magistrate is somehow corrupted and ends up being treated like a barbarian himself. What is especially perverse about this relationship, is how it is framed through a bestowing of generosity, sympathy and humanity by the magistrate on the girl. Through this relationship, the constant pushing of the frontier town’s boundaries into Barbarian land, the continual transgression and invasion of this land, is portrayed as a humanitarian mission, a good deed. The settler crosses into Barbarian land, not to colonize the Barbarians, invade their land or violate their women, but to save one of their own and return her to her people, even though she is returned blinded and maimed.
So what does this story tell us about the concept of the frontier? I think the operating word here is limit. Being at the frontier implies being on the precipice, on the edge. The colony being the last frontier of civilization and a place where settlers live at the limits of their own humanity. The lands beyond settler towns being mythical, magical, apocalyptical places where civilized human beings encounter spirits, barbarians and the ever-present potentiality of death. Every step beyond the boundaries of the frontier town implies either the risk of death, or even worse, contamination.
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Éloge de l’amitié


Ma chère amie et collègue Marie-Claude Haince m’a envoyée hier cette série de citations sur l’amitié que j’ai trouvé absolument magnifique. Lisez-les en pensant à vos amis.

L’amitié est une île d’éthique dans un monde sans morale où tous sont en guerre contre tous.
Francesco Alberoni, L’Amitié

L’amitié ne rend pas le malheur plus léger, mais en se faisant présence et dévouement, elle permet d’en partager le poids, et ouvre les portes de l’apaisement.
Tahar Ben Jelloun, Éloge de l’amitié

En amitié, toutes pensées, tous désirs, toutes attentes naissent sans parole et se partagent souvent dans une joie muette.
Khalil Gibran

L’amitié est une âme en deux corps.
Aristote, Éthique à Nicomaque

L’amitié naît lorsqu’on a pour l’autre une estime supérieure à celle qu’on a pour soi-même.
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain

On ne connaît personne sinon par l’amitié.
Saint-Augustin

L’amitié est l’union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques.
Emmanuel Kant, Doctrine élémentaire de l’éthique

L’amitié donne son lustre à la prospérité, et soulage en partageant les fardeaux de l’adversité.
Cicéron



Religion, art, anamorphose


Je lis parfois des entretiens, des articles, des textes littéraires qui m’amènent à réfléchir sur divers sujets. Ce matin, j’ai lu un entretien dans lequel les interlocuteurs conversent sur la pensée théologique ou la religion et leur contribution potentielle à penser le monde contemporain.

Le sujet m’a interpelée. Il m’invite à penser aussi ma propre position vis-à-vis la religion et où la réflexion sur le monde à partir d’une pensée nourrie par la théologie pourrait m’amener un jour. Il me ramène aussi à la place qu’occupe l’Islam dans ma propre pensée…

Mes premières tentatives d’interprétation du monde, de penser le monde, je les ai faites autour de la table à diner. Mon père, qui n’a jamais prié dans sa vie, nous a pourtant inculqué, mon frère et moi, un respect profond de la pensée et de l’héritage musulmans. Autour de la table, il nous citait des versets du Coran et nous demandait de tenter de les interpréter, de les traduire dans notre propre langage. Ce geste d’interprétation, qu’on appelle dans la pensée musulmane, l’Ijtihad, c’est-à-dire, le devoir d’interprétation, de compréhension, je me rends compte que mon père nous l’a transmis durant ces moments de quotidienneté familiale. Il nous citait aussi de la poésie, nous lançait le défi de traduire leur sens, décortiquer les métaphores, éplucher l’opacité des mots.

Pour moi, c’est cette invitation à interpréter les mystères du monde, à trouver la transparence dans l’obscurité du sens et surtout, à assumer le devoir et la responsabilité de comprendre l’incompréhensible que je retiens de mon héritage musulman… Et on le fait à travers un geste de relâchement (et non de soumission), une ouverture ou une reconnaissance du caractère furtif du monde, de l’impossibilité de saisir complètement ses mystères, et c’est cette reconnaissance d’un possible vu, senti, mais qui reste toujours au-delà de la portée de l’Homme qui nous incite encore à rêver, à réfléchir, à tendre la main vers cette infinité insaisissable à travers la créativité, l’imagination, le questionnement, tout cela dans l’espoir de se situer quelque part au cœur de cette infinité.

J’ai toujours pensé que pour mieux comprendre le monde, il faut y aller par la voie indirecte de l’art, de la musique, de la littérature, cette expressivité qui, loin d’être un simple miroir, ou un reflet, comme une certaine sociologie simpliste de l’art le prétend, agit, d’après moi, plutôt comme un prisme qui réfracte la lumière, du coup nous exposant l’intériorité de l’humanité et des sociétés et les dispersant dans diverses directions, un nombre infini de possibilités…

J’ai toujours essayé de penser la musique à travers ce prisme qui est à la fois capable d’absorber le pouvoir aveuglant de la lumière et de le renvoyer en un arc-en-ciel de possibilités. Pour penser le monde il faut toujours, à la manière d’une anamorphose qui déforme, tord, camoufle une image à travers des jeux de perspective, le regarder obliquement, jamais de manière directe sinon le secret de l’image n’est jamais révélé…

Yara



Le Canada sous influence: Le lobby pro-israélien


Voici un EXCELLENT reportage de l’émission de Radio-Canada Une heure sur Terre sur l’influence puissante et dévastatrice du lobby pro-israélien sur la politique étrangère canadienne.
Cliquez sur le lien pour visionner le reportage au complet:

LE CANADA SOUS INFLUENCE

Ce qui est révélé dans ce reportage est bien connu depuis des décennies de ceux qui connaissent le conflit israélo-palestinien et de ceux qui ont tenté en vain d’exposer les crimes de guerre d’Israël. Pour que le lobby pro-israélien fasse enfin l’objet d’une enquête journalistique sérieuse de la part de Radio-Canada est un indice que ce lobby est devenu si puissant que ses principaux acteurs ne prennent même plus la peine de camoufler leur agenda. Peut-être cette manipulation devenue si grossièrement explicite permettra-t-elle enfin qu’elle soit scrutée de manière plus avertie et, espérons-le, critique de la part du public canadien… Et que les politiciens, d’abord et avant tout notre Premier Ministre conservateur Stephen Harper, soient appelés à rendre compte de leur volonté de soumettre le Canada et ses principes aux ordres et aux intérêts d’un État illégitime qui ne fait que semer la misère et la violence depuis plus de 60 ans. Mais j’ai l’impression, hélas, que ce serait trop espérer…

Néanmoins, ce reportage est un début et je félicite Une Heure sur Terre pour cette initiative courageuse.

POUR CEUX QUI VEULENT EN SAVOIR PLUS SUR LE MOUVEMENT MONDIAL DU BOYCOTT D’ISRAEL, VOICI LE SITE:
THE GLOBAL BOYCOTT DIVESTMENT AND SANCTIONS MOVEMENT

Yara



Lectures de l’hiver 2010


Chers tous,

Comme d’habitude je vous fais quelques suggestions de lectures à partir des livres qui m’ont accompagnée cet hiver. Le terrible séisme en Haïti m’a portée à lire beaucoup beaucoup de littérature haïtienne. À la librairie Olivieri (pour les Montréalais) 10% de chaque livre d’un auteur haïtien que vous achetez est donné pour aider la reconstruction en Haïti, alors je vous encourage beaucoup à découvrir à la fois cette littérature magnifiquement riche tout en contribuant aux efforts de reconstruction.

La majorité des romans que j’ai lus sont édités par une extraordinaire maison d’édition indépendante à Montréal qui s’appelle Mémoire d’encrier. Si vous voulez découvrir les littératures du Sud, les écrivains du Québec issus de l’immigration, les littératures autochtones ou tout simplement vous ouvrir aux littératures du monde, c’est vraiment chez Mémoire d’encrier qu’il faut aller. Vous trouverez leurs livres dans toutes les bonnes librairies, incluant Olivieri (5219, Chemin de la Côte-des-Neiges (Montréal)).

Voici donc mes lectures que je vous recommande fortement:

Frankétienne, Anthologie secrète (une collection de textes absolument hallucinants de créativité de cet écrivain, peintre, comédien et musicien haïtien, pensez à un Borgès créole)

Ida Faubert, Anthologie secrète (une écrivaine haïtienne du début du 20ième siècle dont la plume sensible ferait une lecture idéale pour le printemps)

Rodney Saint-Éloi, J’ai un arbre dans ma pirogue (une poésie qui fait vibrer, humanité, émotion, chaleur, amour)

Jacques Roumain, Bois d’ébène, suivi de Madrid (poésie, engagement, critique sociale, conviction, passion, colère, pensez à Fanon poète)

Léon Laleau, musique nègre (poète, homme engagé, l’un des plus importants auteurs haïtiens du 20 siècle)

Éloïse Brezault, Afrique: paroles d’écrivains (entretiens avec des écrivains africains contemporains d’expression française, quelle belle façon de découvrir tout un univers littéraire) (Je suis en train de le lire présentement)

Lyonel Trouillot, Yanvalou pour Charlie (un roman puissant que j’ai dévoré en deux jours)

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi (le tremblement de terre tel que vécu par l’écrivain… profondément touchant)

Dany Laferrière, Je suis fatigué (une excellente ethnographie de la littérature!)

Kossi Efoui, Solo d’un revenant (un roman qui fait allusion au génocide ruwandais, lecture sobre, réflexive)

Bonne lecture!

Yara



À faire avant de mourir


1) Me fabriquer des ailes des plumes de mes poètes
2) Cueillir les nuages et en faire un bouquet
3) Me laisser séduire par une sieste sur la pétale d’un tournesol
4) Parer mon café de l’écume de la Méditerranée
5) Valser nue sur la lune une nuit d’été
6) Broder mon âme des sourires de mes filles
7) Dire Je t’aime en mille et une langues secrètes
8 ) Traverser l’océan dans la paume d’un écrivain
9) Faire l’amour au Soleil sans me brûler
10) Abattre la peur et en faire une purée sucrée
11) Attacher à mes cheveux les rêves de mon enfance
12) Faire le tour du monde sur les ailes d’un papillon
13) Inscrire mes souvenirs sur une toile d’araignée
14) Inventer une couleur pour chaque moment de bonheur
15) Noyer mes regrets dans un étang de fleurs d’oranger
16) Éplucher le malheur des peuples et en faire la cendre du passé
17) Écrire, écrire. Encore et toujours écrire.



Résonances


Chers lecteurs,

La contribution récente d’un texte par le professeur Achille Mbembe à Tropismes m’a donné une idée! Pourquoi pas créer un espace pour ceux parmi vous qui voudraient partager vos textes avec moi et d’autres lecteurs de ce site?

Alors voilà. J’ai crée la catégorie “Résonances”, dans laquelle vous trouverez désormais des contributions d’autres plumes que la mienne, dont, ci-dessous, le texte de Mbembe et un texte de mon amie Julie Fournier, Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque montréalaise, Analekta

Bonne lecture!

Yara



À la manière de …


Un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a été offert en 2008 par ma grande amie Julie Fournier

Y.

JULIE FOURNIER

DRRRRIIIIIIIIING!

Un sourire se dessine. Je décroche avant la fin de la sonnerie, entendant d’avance la suite de sons à venir. Quatre syllabes, deux intervalles : sixte majeur ou septième diminuée, suivie d’une tierce mineure… dépendant de l’humeur de mon interlocutrice ou de la distorsion sonore de son cellulaire :

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Depuis plus de dix ans, ce petit motif musical est un prélude à un rituel bien établi. En quelques secondes, j’attrape mon sac, enfile mon manteau, claque la porte, dévale les escaliers de mon appartement pour la rejoindre et m’installer dans sa voiture à ses côtés.

Après quelques zigzags exécutés avec grande expertise dans les rues de Montréal, nous nous retrouvons assises confortablement l’une en face de l’autre, à une table d’un quelconque café ou restaurant. Heureuses, prêtes à converser et se confier.

Portés d’inflexions musicales bien à elle, les mots en français fusent, déboulent, se réinventent. J’observe, amusée, l’expressivité de son visage, ses gestes animés qui portent son discours. Avec une même intensité, elle me raconte tantôt ses petits bonheurs quotidiens, tantôt ses réflexions socio-politiques ou anthropologiques. À sa manière, elle tend une oreille attentive vers le monde qui l’entoure et en capte le beau, même dans ses dissonances. Yara la femme sforzando, la citoyenne engagée, la maman attentionnée, l’amie fidèle, la thésarde bientôt Docteure (à bas le monopole du titre par les médecins!) irradie d’intelligence, d’émotivité, de compassion.

J’ai oublié la genèse de cette relation, de cette amitié si riche et naturelle. Je crois qu’elle est d’abord née d’une passion commune pour la musique et ce qu’elle dévoile de nous et des autres. Et ensuite, au fil du temps, des échanges d’idées, des confidences et d’expériences vécues, la tradition s’est imposée.

Et maintenant, je ne peux qu’espérer que le petit motif musical de quatre syllabes et deux intervalles puisse retentir, encore et encore.

Da Capo … DRRRRRRIIIIIIIIIIIING!

Julie Fournier est Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque, Analekta

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Afrique du sud 2010. En attendant la Coupe du monde de football


J’ai eu le plaisir de recevoir cette contribution à Tropismes de la part du penseur et chercheur Achille Mbembe. Bonne Lecture! Y.

ACHILLE MBEMBE

Le coup d’envoi de la prochaine Coupe du monde de football aura lieu dans moins d’une centaine de jours à Soccer City, dans la grande métropole afropolitaine de Johannesburg, non loin des lieux où autrefois les randlords exploitaient les mines d’or du Witwatersrand.

Dans ce stade ultramoderne doté d’une capacité de 90 000 places et dont l’architecture rappelle une “calebasse africaine”, l’Afrique du Sud apprendra au monde entier quelque chose de sa puissance potentielle. En retour, le monde apprendra –du moins on l’espère- quelque chose de la capacité de l’Afrique -ou en tous cas de sa nation la mieux organisée- à se tenir à hauteur de l’humanité.

Cette “chose de la joie” qu’est le football

Pour parvenir à ce but, il aura fallu franchir maints obstacles, et la course est loin d’être achevée. La décision de tenir ce tournoi en Afrique n’a jamais emporté une universelle adhésion. Comme chaque fois lorsqu’il s’agit de cette région du monde, la Bête, tapie dans le fourré, a vite fait de relever la tête.

Arguant tantôt de “l’incurie africaine générique”, des taux extraordinaires de criminalité, de la violence rampante et de l’insécurité, voire de la prévalence du SIDA, certains milieux de la droite et de l’extrême-droite en Angleterre, en Hollande, en Australie et en Allemagne auront fait feu de tout bois. N’hésitant pas à recourir aux préjugés les plus stupides, voire à une véritable campagne de désinformation, ils auront activement milité pour que soit retiré à ce pays le privilège d’abriter l’événement. Au passage, ils seront parvenus à instiller suffisamment de doute et de crainte dans l’esprit des plus peureux et des hésitants. L’image de l’Afrique du Sud aura été passablement ternie. La récession économique s’y ajoutant, l’on doit aujourd’hui réviser à la baisse le chiffre des visiteurs attendus pour ce rendez-vous quadriennal.

À trois mois de l’échéance, tout indique pourtant -sauf cas de force majeure- que le premier méga-événement de ce genre à se tenir en terre africaine sera un mémorable succès. Certes, l’Afrique du Sud n’est ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon. Mais elle n’est pas non plus un “pays africain ordinaire”. Première puissance économique du Continent, elle dispose d’infrastructures modernes, de solides institutions, d’une presse libre, d’une classe moyenne fort diversifiée et bien éduquée, d’élites industrielles et intellectuelles cosmopolites- et, lorsqu’il le faut, d’une remarquable volonté politique, d’un savoir-faire technique admirable et de réserves insoupçonnées de fierté et de dignité nationale que symbolise la figure tutélaire de Nelson Mandela.



Pour la St-Valentin et pour tous ceux qui ont eu un amour d’enfance


1986, ou presque. J’ai eu 9 ans le 5 septembre. Ah que j’ai attendu ce moment! Trois mois et trois semaines exactement. Je n’arrive pas à le croire. J’aurai enfin le droit d’assister à la fête du nouvel an. Mon cœur bat trop fort, j’ai l’impression qu’il quittera bientôt mon corps. Je vais le revoir, enfin le revoir. Depuis septembre, nous nous sommes à peine vus. Qu’il me manque!
- Il n’est plus un petit garçon pour faire du vélo avec toi, dit Maman.
- Il a seulement 13 ans Maman!
Et je sais que sa mère à lui, lui dit que je suis trop jeune pour monter à vélo avec lui. C’est vrai qu’il n’est plus le même, depuis qu’il est parti à cette stupide école. On dirait qu’il a grandi deux fois plus vite. Je n’oublierai jamais le jour où nous sommes tombés tous les deux du vélo qu’il essayait de conduire sur une seule roue. Vol direct dans un énorme bouquet de cactus!

Voilà. L’heure est arrivée. J’ai du mal à respirer. La porte de l’appartement s’ouvre enfin. Je le cherche du regard, faisant des manœuvres parmi les multiples jambes. Je le vois tout à coup. De loin, il me fait signe indiquant du doigt sa chambre. Je glisse parmi les verres de champagne. Je me frotte contre les robes décolletées. J’évite le baiser gras de Tante Nahid. Je m’accroche à la vie pendant que le gigantesque Oncle Fakhira me lance dans l’air avant de me rattraper. Oui, oui, j’ai encore grandi, laisse-moi donc partir! Je faufile entre les vestons carreautés, et les cigarettes à moitié fumées qui traînent dans les mains tout près de mes yeux. Encore quelques pas, et je serai délivrée!
- Attention!
Je manque de justesse le cabaret d’hors-d’œuvre qui flotte au-dessus de ma tête.