À faire avant de mourir


1) Me fabriquer des ailes des plumes de mes poètes
2) Cueillir les nuages et en faire un bouquet
3) Me laisser séduire par une sieste sur la pétale d’un tournesol
4) Parer mon café de l’écume de la Méditerranée
5) Valser nue sur la lune une nuit d’été
6) Broder mon âme des sourires de mes filles
7) Dire Je t’aime en mille et une langues secrètes
8 ) Traverser l’océan dans la paume d’un écrivain
9) Faire l’amour au Soleil sans me brûler
10) Abattre la peur et en faire une purée sucrée
11) Attacher à mes cheveux les rêves de mon enfance
12) Faire le tour du monde sur les ailes d’un papillon
13) Inscrire mes souvenirs sur une toile d’araignée
14) Inventer une couleur pour chaque moment de bonheur
15) Noyer mes regrets dans un étang de fleurs d’oranger
16) Éplucher le malheur des peuples et en faire la cendre du passé
17) Écrire, écrire. Encore et toujours écrire.



Résonances


Chers lecteurs,

La contribution récente d’un texte par le professeur Achille Mbembe à Tropismes m’a donné une idée! Pourquoi pas créer un espace pour ceux parmi vous qui voudraient partager vos textes avec moi et d’autres lecteurs de ce site?

Alors voilà. J’ai crée la catégorie “Résonances”, dans laquelle vous trouverez désormais des contributions d’autres plumes que la mienne, dont, ci-dessous, le texte de Mbembe et un texte de mon amie Julie Fournier, Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque montréalaise, Analekta

Bonne lecture!

Yara



À la manière de …


Un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a été offert en 2008 par ma grande amie Julie Fournier

Y.

JULIE FOURNIER

DRRRRIIIIIIIIING!

Un sourire se dessine. Je décroche avant la fin de la sonnerie, entendant d’avance la suite de sons à venir. Quatre syllabes, deux intervalles : sixte majeur ou septième diminuée, suivie d’une tierce mineure… dépendant de l’humeur de mon interlocutrice ou de la distorsion sonore de son cellulaire :

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Depuis plus de dix ans, ce petit motif musical est un prélude à un rituel bien établi. En quelques secondes, j’attrape mon sac, enfile mon manteau, claque la porte, dévale les escaliers de mon appartement pour la rejoindre et m’installer dans sa voiture à ses côtés.

Après quelques zigzags exécutés avec grande expertise dans les rues de Montréal, nous nous retrouvons assises confortablement l’une en face de l’autre, à une table d’un quelconque café ou restaurant. Heureuses, prêtes à converser et se confier.

Portés d’inflexions musicales bien à elle, les mots en français fusent, déboulent, se réinventent. J’observe, amusée, l’expressivité de son visage, ses gestes animés qui portent son discours. Avec une même intensité, elle me raconte tantôt ses petits bonheurs quotidiens, tantôt ses réflexions socio-politiques ou anthropologiques. À sa manière, elle tend une oreille attentive vers le monde qui l’entoure et en capte le beau, même dans ses dissonances. Yara la femme sforzando, la citoyenne engagée, la maman attentionnée, l’amie fidèle, la thésarde bientôt Docteure (à bas le monopole du titre par les médecins!) irradie d’intelligence, d’émotivité, de compassion.

J’ai oublié la genèse de cette relation, de cette amitié si riche et naturelle. Je crois qu’elle est d’abord née d’une passion commune pour la musique et ce qu’elle dévoile de nous et des autres. Et ensuite, au fil du temps, des échanges d’idées, des confidences et d’expériences vécues, la tradition s’est imposée.

Et maintenant, je ne peux qu’espérer que le petit motif musical de quatre syllabes et deux intervalles puisse retentir, encore et encore.

Da Capo … DRRRRRRIIIIIIIIIIIING!

Julie Fournier est Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque, Analekta

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Afrique du sud 2010. En attendant la Coupe du monde de football


J’ai eu le plaisir de recevoir cette contribution à Tropismes de la part du penseur et chercheur Achille Mbembe. Bonne Lecture! Y.

ACHILLE MBEMBE

Le coup d’envoi de la prochaine Coupe du monde de football aura lieu dans moins d’une centaine de jours à Soccer City, dans la grande métropole afropolitaine de Johannesburg, non loin des lieux où autrefois les randlords exploitaient les mines d’or du Witwatersrand.

Dans ce stade ultramoderne doté d’une capacité de 90 000 places et dont l’architecture rappelle une “calebasse africaine”, l’Afrique du Sud apprendra au monde entier quelque chose de sa puissance potentielle. En retour, le monde apprendra –du moins on l’espère- quelque chose de la capacité de l’Afrique -ou en tous cas de sa nation la mieux organisée- à se tenir à hauteur de l’humanité.

Cette “chose de la joie” qu’est le football

Pour parvenir à ce but, il aura fallu franchir maints obstacles, et la course est loin d’être achevée. La décision de tenir ce tournoi en Afrique n’a jamais emporté une universelle adhésion. Comme chaque fois lorsqu’il s’agit de cette région du monde, la Bête, tapie dans le fourré, a vite fait de relever la tête.

Arguant tantôt de “l’incurie africaine générique”, des taux extraordinaires de criminalité, de la violence rampante et de l’insécurité, voire de la prévalence du SIDA, certains milieux de la droite et de l’extrême-droite en Angleterre, en Hollande, en Australie et en Allemagne auront fait feu de tout bois. N’hésitant pas à recourir aux préjugés les plus stupides, voire à une véritable campagne de désinformation, ils auront activement milité pour que soit retiré à ce pays le privilège d’abriter l’événement. Au passage, ils seront parvenus à instiller suffisamment de doute et de crainte dans l’esprit des plus peureux et des hésitants. L’image de l’Afrique du Sud aura été passablement ternie. La récession économique s’y ajoutant, l’on doit aujourd’hui réviser à la baisse le chiffre des visiteurs attendus pour ce rendez-vous quadriennal.

À trois mois de l’échéance, tout indique pourtant -sauf cas de force majeure- que le premier méga-événement de ce genre à se tenir en terre africaine sera un mémorable succès. Certes, l’Afrique du Sud n’est ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon. Mais elle n’est pas non plus un “pays africain ordinaire”. Première puissance économique du Continent, elle dispose d’infrastructures modernes, de solides institutions, d’une presse libre, d’une classe moyenne fort diversifiée et bien éduquée, d’élites industrielles et intellectuelles cosmopolites- et, lorsqu’il le faut, d’une remarquable volonté politique, d’un savoir-faire technique admirable et de réserves insoupçonnées de fierté et de dignité nationale que symbolise la figure tutélaire de Nelson Mandela.



Pour la St-Valentin et pour tous ceux qui ont eu un amour d’enfance


1986, ou presque. J’ai eu 9 ans le 5 septembre. Ah que j’ai attendu ce moment! Trois mois et trois semaines exactement. Je n’arrive pas à le croire. J’aurai enfin le droit d’assister à la fête du nouvel an. Mon cœur bat trop fort, j’ai l’impression qu’il quittera bientôt mon corps. Je vais le revoir, enfin le revoir. Depuis septembre, nous nous sommes à peine vus. Qu’il me manque!
- Il n’est plus un petit garçon pour faire du vélo avec toi, dit Maman.
- Il a seulement 13 ans Maman!
Et je sais que sa mère à lui, lui dit que je suis trop jeune pour monter à vélo avec lui. C’est vrai qu’il n’est plus le même, depuis qu’il est parti à cette stupide école. On dirait qu’il a grandi deux fois plus vite. Je n’oublierai jamais le jour où nous sommes tombés tous les deux du vélo qu’il essayait de conduire sur une seule roue. Vol direct dans un énorme bouquet de cactus!

Voilà. L’heure est arrivée. J’ai du mal à respirer. La porte de l’appartement s’ouvre enfin. Je le cherche du regard, faisant des manœuvres parmi les multiples jambes. Je le vois tout à coup. De loin, il me fait signe indiquant du doigt sa chambre. Je glisse parmi les verres de champagne. Je me frotte contre les robes décolletées. J’évite le baiser gras de Tante Nahid. Je m’accroche à la vie pendant que le gigantesque Oncle Fakhira me lance dans l’air avant de me rattraper. Oui, oui, j’ai encore grandi, laisse-moi donc partir! Je faufile entre les vestons carreautés, et les cigarettes à moitié fumées qui traînent dans les mains tout près de mes yeux. Encore quelques pas, et je serai délivrée!
- Attention!
Je manque de justesse le cabaret d’hors-d’œuvre qui flotte au-dessus de ma tête.



Manifeste pour un Québec pluraliste


Un groupe de chercheurs et de penseurs ont pris l’initiative d’écrire un texte pour défendre le pluralisme de la société québécoise et j’en suis très heureuse. Je vous prie de lire attentivement le texte et j’espère que vous pourriez ajouter votre nom à la liste des signataires. Si l’on se fie aux textes qui commencent à être publiés contre ce manifeste dans – quelle surprise – Le Devoir, les initiateurs de ce projet auront besoin de votre soutien.

Bonne lecture!

Yara

Nous sommes d’allégeances politiques et intellectuelles diverses, mais nous partageons une profonde inquiétude quant à la direction que prend le débat sur l’identité et le vivre-ensemble au Québec. Il nous semble qu’une vision ouverte, tolérante et pluraliste de la société québécoise, une vision qui est selon nous en continuité avec les grandes orientations du Québec moderne, se trouve occultée par deux courants de pensée qui sont en rupture avec cette évolution et avec notre histoire. Ces deux courants finissent par converger dans une manière de concevoir la société québécoise qui, selon nous, risque de priver le Québec du dynamisme qu’insuffle aux sociétés une posture d’accueil et de dialogue, conditions essentielles à l’élaboration d’un authentique vivre-ensemble.

Deux courants convergents

Nous qualifierions la première de ces visions de nationaliste conservatrice. Elle voit le Québec comme ayant fait de trop larges concessions envers la diversité culturelle ces dernières années. L’interculturalisme, la laïcité ouverte, les pratiques d’accommodement raisonnable, le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) et d’autres politiques semblables sont perçus par les tenants de cette position comme mettant en péril une culture québécoise authentique et comme éclipsant la mémoire de la majorité historique.

La seconde vision revendique une laïcité stricte. Elle récuse les manifestations religieuses « ostentatoires » dans la sphère publique. Elle entend renvoyer le religieux hors de l’espace public, non pas au nom de valeurs québécoises majoritaires, mais au nom d’une conception de la société qui préfère limiter tout signe d’allégeance religieuse au seul espace privé.

Ces deux courants, a priori différents, convergent concrètement de deux manières. D’abord, dans la mesure où les pratiques et les signes religieux des minorités sont toujours plus « visibles » aux yeux de la majorité que les siens propres, les tenants d’une laïcité stricte et ceux d’un nationalisme conservateur se rejoignent dans une même attitude d’intransigeance à l’endroit des minorités, exigeant qu’elles se plient à une vision de la société québécoise qu’elles n’auraient pas contribuée à forger. Les deux courants convergent également lorsqu’une laïcité stricte est invoquée à l’encontre de citoyens membres de confessions religieuses dont les croyances sont tenues pour incompatibles avec la laïcité de la société québécoise.

Or, il existe une autre vision de la société québécoise, plus ouverte, plus tolérante et surtout plus dynamique dans sa conception des rapports sociaux : nous croyons qu’elle correspond, mieux que ne le font les visions que nous venons de décrire, aux exigences de la vie en commun dans une société plurielle et aux orientations sociopolitiques du Québec. Cette vision est actuellement fragilisée par la place qu’occupent le nationalisme conservateur et la laïcité stricte dans le débat public, par le fait aussi qu’aucun des deux principaux partis politiques québécois ne s’en fait explicitement le porte-étendard (même si cette vision a été, à différentes époques, embrassée tant par le Parti québécois que par le Parti libéral du Québec). Nous souhaitons exposer ici cette position pluraliste, qui nous semble la plus apte à répondre aux défis du Québec d’aujourd’hui et de demain …. LIRE LE TEXTE EN ENTIER ICI



La vérité sort de la bouche des enfants


Dieu

- Maman, Dieu peut-il être méchant?
- Non chérie. Seuls les gens peuvent être méchants.

Exil

- Maman, téta Lulla vie à Dubai
- Oui
- Téta Amal vie en Palestine
- C’est bien ça
- Téta Hajjeh vivait à Beirut
- C’est vrai
- Alors pourquoi sommes-nous ici ?

Argent

- Maman, pourquoi c’est toujours nous qui allons visité la famille ? Pourquoi la famille ne vient jamais chez nous ?
- Parce qu’il faut de l’argent pour voyager
- Oh.
Pause.
- Maman ?
- Oui ma chérie.
- Qui a inventé l’argent ?



Noix de pin


Je lisais aujourd’hui un merveilleux texte sur la cuisine et l’écriture. Ça m’a fait penser à un souvenir d’enfance … Jeune fille, j’adorais les noix de pins (je les adore encore!). Ma mère les faisait griller avec des amandes pour garnir le riz et la viande hâchée. Mon plus grand bonheur était de voler quelques noix de pin pendant qu’elle s’occupait à faire autre chose. Parfois je les prenais dans mes doigts si chauds qu’elles me brûlaient. Je les aimais tant que je ne les appelais pas par leur vrai nom, snobar (en arabe). Non, pour moi, elles étaient des ca’ké (biscuits). Du dessert quoi! Maman as-tu encore des ca’ké? Ou Maman, est-ce que je peux avoir un peu de ca’ké. Juste un peu? Elle ne voulait jamais bien sûr que j’en prenne car elle savait que je ne pourrai jamais me limiter à “juste un peu”. Elle devait toujours faire griller d’autres, car les noix de pin qui survivaient à ma gourmandise couvraient à peine le plat de riz.

Ce soir, j’ai fait un plat très modeste pour le souper, un plat de paysans comme on dit chez les Palestiniens : des petits pois, de la viande hâchée, sautés avec des onions, du poivre, sel, et du riz. ET j’ai fait griller des noix de pin pour le garnir … ET je me suis mise à grignoter sur mes « biscuits », en lisant mon texte merveilleux qui s’intitule “la recette magique” … Un moment de bonheur parfait.

Yara



Laferrière: J’entends encore ce silence


Un témoignage puissant de Dany Laferrière dans le Nouvel Observateur de cette semaine.

Dany Laferrière:

Le silence. Je m’attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. Un silence assourdissant. On dit en Haïti que tant qu’on n’a pas hurlé, il n’y a pas de morts. Quelqu’un a crié que ce n’était pas prudent de rester sous les arbres. On s’est alors réfugiés sur le terrain de tennis de l’hôtel. En fait, c’était faux, car pas une fleur n’a bougé malgré les 43 secousses sismiques. J’entends encore ce silence.

Les projectiles. Même à 7,3 sur l’échelle de Richter, ce n’est pas si terrible. On peut encore courir. C’est le béton qui a tué. Les gens ont fait une orgie de béton ces cinquante dernières années. De petites forteresses. Les maisons en bois et en tôle, plus souples, ont résisté. Dans les chambres d’hôtel souvent exiguës, l’ennemi, c’était le téléviseur. On se met toujours en face de lui. Il a foncé droit sur nous. Beaucoup de gens l’ont reçu à la tête.

La nuit . La plupart des gens de Port-au-Prince ont dormi cette nuit-là à la belle étoile. Je crois que c’est la première fois que c’est arrivé. Le dernier tremblement de terre d’une telle ampleur remonte à près de deux cents ans. Les nuits précédentes étaient assez froides. Celle-là, chaude et étoilée. Comme on était couchés par terre, on a pu sentir chaque tressaillement du sol au plus profond de soi. On faisait corps avec la terre. Je pissais dans les bois quand mes jambes se sont mises à trembler. J’ai eu l’impression que c’était la terre qui tremblait.

Le temps. Je ne savais pas que soixante secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu’une nuit pouvait n’avoir plus de fin. Plus de radio, les antennes étant cassées. Plus de télé. Plus d’internet. Plus de téléphone portable. Le temps n’est plus un objet qui sert à communiquer. On avait l’impression que le vrai temps s’était glissé dans les soixante secondes qu’ont duré les premières violentes secousses.

La prière. Subitement, un homme s’est mis debout et a voulu nous rappeler que ce tremblement de terre était la conséquence de notre conduite inqualifiable. Sa voix enflait dans la nuit. On l’a fait taire car il réveillait les enfants qui venaient juste de s’endormir. Une dame lui a demandé de prier dans son coeur. Il est parti après s’être défendu longuement. Son argument, c’est qu’on ne peut demander pardon à Dieu à voix basse. Des jeunes filles ont entamé un chant religieux si doux que certains adultes se sont endormis. Deux heures plus tard, on a entendu une clameur. Des centaines de personnes priaient et chantaient dans les rues. C’était pour eux la fin du monde que Jéhovah annonçait. Une petite fille, près de moi, a voulu savoir s’il y avait classe demain. Un vent d’enfance a soufflé sur nous tous.

Les animaux Les chiens et les coqs nous ont accompagnés toute la nuit. Le coq de Port-au-Prince chante n’importe quand. Ce que je déteste généralement. Cette nuit-là, j’attendais sa gueulante.

La révolution. Le palais national cassé. Le bureau des taxes et contributions détruit. Le palais de justice détruit. Les magasins par terre. Le système de communication détruit. La cathédrale détruite. Les prisonniers dehors. Pendant une nuit, ce fut la révolution.



Expression arabe: Devant la catastrophe on ne peut que rire


Je suis collée comme tout le monde à l’écran de ma télé, suivant avec angoisse les événements dramatiques en Haïti. Mais cet après-midi, j’ai reçu ce vidéo en réponse à un texte précédent sur les mesures de sécurité de plus en plus aggressives dans les aéroports canadiens. Ça m’a fait rire et en ce moment de détresse devant la souffrance humaine, je pense que c’est une bonne chose de se permettre un peu d’humour, ne serait-ce que pour une minute.

Yara