Carnet d’un voyage à Cuba


havane3.JPG Je suis de retour d’une magnifique semaine à Cuba. Pour moi qui voyage beaucoup mais jamais pour le plaisir, c’était une expérience très enrichissante. C’était l’occasion d’explorer avec mes yeux d’anthropologue (aveuglés par le soleil éclatant et le sel de la mer turquoise bien sûr) ce monde fait pour les touristes. J’aimerais vous parler longuement de la beauté de la mer, mais je préfère vous parler de la Havane que j’ai eu l’occasion de visiter.

havane7.JPG C’était pour moi le moment le plus excitant de notre semaine archi-touristique à Cuba. On a découvert une magnifique ville qui semble par certains lieux, suspendue dans le temps. La combinaison des édifices à l’architecture coloniale de l’Espagne qui regardaient passer les voitures des années 40 et 50 roulant un peu partout dans les rues de la capitale est vraiment étonnant. Parfois je voyais surgir Don Corleone de l’une de ces monuments sur roues de l’ère pré-révolutionnaire. D’autres fois, c’est Ernest Hemingway qui m’apparaissait. Nous avons pris un verre dans son bar préféré, la Floriditta et avons visité son appartement où il a écrit ses romans durant une vingtaine d’années. Mais ce sont surtout les Cubains qui m’ont fascinés.

havane14.JPG Dans un pays qui survie contre vents et marées grâce à son industrie touristique, ils ont appris à profiter de la moindre retombée de cette industrie. Voilà une dame dans sa septième décennie toute habillée en costume traditionnel, un gigantesque cigare dans la bouche! Une photo? 1 péso convertible por favor! Voilà un homme qui parade son chien cubain doté d’un bérêt et d’un foulard révolutionnaire: 1 autre péso convertible s’il vous plait! (il y a une monnaie spéciale pour les touristes, les pésos convertibles qui équivalent plus ou moins au dollar américain, c’est pour empêcher l’entrée des dollars américains au pays je suppose, les cubains peuvent les utiliser, mais pour eux ces mêmes pésos retrouvent leur valeur de peso cubain, si j’ai bien compris!, il y a en tout cas toute une recherche à faire là-dessus!). havane9.JPG

Notre guide à Havane s’appelait José. Il maîtrisait parfaitement 4 langues (l’allemand, le français, l’anglais et l’espagnol bien sûr). Son partenaire maîtrisait un autre groupe de langues, dont l’Italien. Ils sont plus cosmopolites que tous les cosmopolites que je connais. José était très serviable et attentionné ce qui piquait autant ma curiosité. Comment vivait-il? où? Quelle était sa vie après le tour de ville? Tout cela m’est restée, moi la touriste, secret.

havane15.JPGÀ Havane, à l’une des nombreuses place et esplanades bien ombragées par des arbres centenaires, il y avaient aussi des marchands de feuilles, des libraires troubadères qui vendaient des livres en plein air. Il y en avait qui étaient des manuscrits anciens, en cuir et en papier artisanal. Si je parlais l’espagnol j’en aurais acheté. Il y en avait qui racontaient l’histoire de Cuba, des izaines et des dizaines sur la révolution et des centaines sur le “Ché”. Je vois pourquoi il est si aimé. Un médecin qui a voulu guérir son pays et tous les pays en commençant par l’Amérique Latine, celui qui a eu le courage de tout laisser pour une idée. Dans les rues de Cuba, le visage de Castro est visiblement absent. Il est nulle part! Cela m’a surpris pour un pays tyrannisé. Mais l’image de Ché Guevara, elle, est partout. Dans les magasins, sur les tasses, les serviettes, les ustensils, sur les murs, les assiettes et les T-Shirt.

havane10.JPG Pour moi, ça en disait long sur l’âme du pays et de son président éternel. Le Ché. c’est l’esprit de la révolution. Castro, c’est l’après. Il est la réalité qui a frappé brutalement à la porte de chaque cubain. Un José qui parle 4 langues mais qui ne reçoit que des coupons suffisants pour seulement 2 semaines d’épicierie pour sa famille et qui doit utiliser les pesos faits pour les touristes pour procurer ses vêtements dans son propre pays, un dollars américain malinement cubanisé. Pour la palestinienne, il y a une certaine satisfaction à voir ce pays continuer à survivre et même bien survivre (relativement parlant) dans l’ombre et contre l’embargo américain. Mais notre idéal, notre “Ché”, c’est leur réalité, le “Castro” et tandis que nous achetons notre “Ché” pour l’exhiber sur notre poitrine ou notre mur, les Cubains doivent se contenter d’une ration de 2 semaines pour un mois entier pour manger.

Sur cette note, je vous souhaite un bon retour à notre vie mondaine d’anthropologues bien intentionnés!

Yara


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