Gabrielle Roy: L’hiver et l’orientalisme


Un passage très orientaliste que celui-ci, ça me trouble car en tant que lectrice, c’est l’un de mes passages favoris de son roman “Bonheur D’occasion”. Il est tout simplement tellement bien écrit …

Le vent hurlait tout au long de la chaussée déserte, et la neige sur ses pas se levait fine, éblouissante, sautait dans l’air, venait ramper au bas des maisons et remontiat encore en bonds désordonnés, comme une danseuse que poursuit le claquement du fouet. Le vent était le maître qui brandissait la cravache, et la neige, la danseuse folle et souple qui allait devant lui, virevoltait et, à son ordre, venait se coucher par terre. Jean ne voyait alors que le long flot d’une écharpe blanche qui, en bas, sur le seuil des maisons, se déroulait et frémissait à peine. Mais le sifflement du fouet retombait de nouveau et, d’un grand élan, la danseuse remontait secouer son voile vaporeux à la hauteur des lampadaires. Elle s’élevait, s’élevait, errait jusque par-dessus les toits et le son plaintif de sa grande fatigue heurtait les volets clos.


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