Chers tous,
Il est près de 14h ici à Johannesburg, Afrique du Sud. Je suis arrivée hier matin et le pays me fascine déjà. Une sud-africaine d’origine espagnole est venue me prendre de l’aéroport et m’a amenée à mon auberge dans une petite township très charmante pas trop loin du centreville qui me rappelle le côté moins prétentieux du plateau Mont-Royal. L’auberge est d’une beauté! Une petite maisonnette lovée dans un jardin tropical, tout est en bois ancien, très vieux, pas d’artifices, rien d’accorché aux murs, mais le toit est gravé comme les maisons victoriennes avec un chandelier au milieu. Tout est usé, bref magnifique. Ma chambre donne sur une porte patio vers le jardin et la salle de bain est à l’ancienne aussi, avec un bain sur pieds planté au milieu et un robinet en bronze rouillé. Pas de douche. J’ai l’impression d’avoir traversé le temps. L’auberge est sans doute une ancienne maison d’Afrikaners (les Blancs de l’Afrique du sud). Pas de téléphone, pas de télé, mais une connection internet! Pas de chauffage non plus. Il fait près de 4C le soir, avec une petite chauffeuse mobile et au moins six couvertures superposées de différentes textures pour nous garder au chaud. Le jour c’est autour de 16-17C. Je suis déjà sortie me promener, et je sais déjà où je passerai mes moments de réflexion pour le reste de mon séjour, un petit café-bistro sur le coin de ma rue, où on joue du blues, chaises en bois brulé, tables rouges, le tout très intime et encore une fois délivré de l’artifice des café modernes. On y fait d’excellents sandwichs et du café comme je l’aime, très chaud et fort sans être amer (du café Illy MC!). On peut y prendre un verre de vin ou une bière aussi. Je n’ai pas encore rencontré mes collègues. Les chambres sont assez isolées les unes des autres. C’est vraiment comme un petit cocon. Ce soir le Johannesburg Workshop in Theory and Criticism commence officiellement avec un souper chez Achille Mbembe.
On m’a avertie que le centreville est dangereux. C’est assez impressionnant car les gratte-ciel du loin sont très belles. Paula, la dame qui est venue me prendre me dit que Johannesburg est dotée de l’une des plus grandes concentrations d’Art Déco du monde. Or, cette belle architecture et son décor ont une triste histoire. Le Skyline du centre-ville est une illusion. 70% des buildings du centre-ville ont été abandonnés depuis que la bourse s’est déplacée vers le quartier nord de la ville. Toutes les corporations ont ausstôt suivi la bourse laissant derrière elles, un centreville fantôme où que des traders de rue se promènent et où des squatters ont occupé les buildings abandonnés. La nuit, c’es extrêmement périleux de s’y aventurer. Dans la périphérie de ce noyau vide, un autre quartier a été construit, le newtown. C’est le lieu où la vie de nuit se déroule, clubs, discothèques, théâtres, etc. Par contre, il est impossible de s’y proméner à pieds, trop de criminalité. D’ailleurs le transport en commun est quasi inexistant. Il n’y a que les taxis et là aussi, c’est très dangereux. C’est une véritable guerre de trenchés entre les taxis qui est traversée de tensions raciales. L’industrie du taxi est complètement non-légiférée, contrôlée par une véritable mafia et la corruption fait ravage. Pour la coupe mondial du Foot qui aura lieu à Jobo en 2010, le gouvernement a développé un réseau de micro-bus rapides. Imaginons que le gouvernement a dû tout geler car la mafia des taxis a menacé de planter des bombes à toutes les stations et à tuer ceux qui utilisent ce service!
Voilà le côté sombre de cette ville impressionnante où en prennant l’autoroute, on passe à côté des grandes dunes de terre excavée des mines d’or. Cela étant dit, en dehors du centreville, la situation est très différente. Ici, la township de Melville où nous restons, c’est plus comme un petit village. C’est quasi-autonome de la ville. Il y a un marché biologique à l’entrée de la banlieue, une petite maison d’objets d’artisanals à côté de mon auberge, des restos de tout genre, indien, japonais, portuguais, vietnamien, beaucoup de lounges où on peut prendre un drink en écoutant du bon jazz. Il y a aussi beaucoup de boutiques. On peut se promener en toute sécurité. C’est très cosmopolitain enfin. Voilà donc un petit bilan de ma première journée. Je vous reviens dans les jours qui viennent avec des petits comptes-rendus de l’atelier et des photos.
Cheers
Yara
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