Chers amis,
Je vous écris depuis la Chine. Nous sommes partis, mon mari et moi à Beijing la veille de Noël, pour y rester 3 jours et hier, nous sommes repartis pour Shanghai. Je n’ai qu’une ou deux photos pas très intéressants pour vous en ce moment. Il faut attendre mon retour car la plupart des photos ont été prises sur une autre caméra et j’ai oublié le cable pour la brancher et téléverser dans mon ordi les photos!
À Beijing, nous sommes restés au coeur de la ville, dans un hotel fait pour les “business travellers”. En fait j’accompagne mon mari à un voyage d’affaires pour la première fois, la sorte où tout est sur le compte de la compagnie. Une occasion rare pour l’anthropologue, habituée de se trouver l’auberge la plus cheap quand elle voyage, d’avoir un goût de la vie de ces hommes d’affaires des multinationales américaines. Quand je pense à mon lit défoncé et l’odeur de la marijuana dans ma minuscule chambre d’Amsterdam, ou à ma salle de bain communale à Paris, ah! Si vous avez vu Up in the Air, ça vous donne un peu le ton! C’est le luxe avec un grand L et l’extravagance perfectionné comme seuls les Chinois, dressés par des décennies de communisme peuvent le faire. C’est impressionnant. Au Rez de Chaussée de l’hotel, difficile d’imaginer qu’on est dans un pays communiste ici. Des arbres de Noël partout et des chansons de Noël, les plus classiques dans des versions archi-kitsch, style musique d’ascenseur ou de boîte musicale. Des hommes d’affaires chinois, qui portent sur les corps le gras du capitalisme. Nous avons eu deux jours pour visiter un peu la ville.
- Derrières les grands artères à 16 voies, les petites rues commerciales
- Petite rue commerciale
- Dégustant un thé au jasmin
- Le grand Luxe de la Beijing des hommes d'affaires
Le premier jour, nous fîmes une très longue promenade à pieds dans les rues de Beijing. Pas moins que 3 heures de marche depuis tôt le matin, malgré une vague de froid glacial qui a enveloppé la ville, -12 la température, mais pas un seul flocon de neige. L’hiver chinois est aride, désertique. S’il ne faisait pas froid, on n’aurait pas vu la différence entre l’été et l’hiver. J’ai visité le notorieux Tiananmen Square et la Cité interdite. C’était magnifique, malgré le froid. Nous étions quasiment les seuls visiteurs non-chinois, les Occidentaux ne viennent pas l’hiver et surtout pas durant le temps des fêtes. La vaste majorité des touristes durant cette période viennent des autres provinces de la Chine. C’était fascinant de regarder ces visages à la fois qui se ressemblent et qui sont si différents, représentant bien ce vaste territoire, des visages qui évoquaient tantôt le grand Nord, et des visages entourés de foulards musulmans, des costumes ultramodernes, très high fashion de Hong Kong et Shanghai à côté de costumes boudhistes (si je me trompe pas) ou des jilbabah musulmans. J’étais d’ailleurs surprise par la présence très visible des musulmans chinois. Dans les rues de Beijing, des pancartes indiquant “Muslim Restaurant” ornaient assez férquement les trottoires.
Après la visite nous sommes rentrés à moitié gelés à l’hotel où j’ai pris un thé au jasmin pour me rechauffer. Un jeune pianiste jouait des nocturnes de Chopin. En l’écoutant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à tout ce confort qui nous entourait. Qu’il est facile d’oublier la souffrance des autres quand on baigne dans la belle vie, où nos plus minimes besoins sont tout de suite comblés… J’écoutais cette musique de détente que Chopin composait pour les bourgeois et les nobles de l’époque, toujours tout aussi étonnée que je sois ici. Quand je pense qu’entre la vie misérable des camps de refugiés et moi, il n’y a qu’une génération, et qu’entre la vie paysanne dans un minuscule village palestinien aux périphéries de la ville et moi, il n’y a que deux générations, je ne peux que rester étonnée et impressionnée par le courant imprévisible de la vie et la capacité des humains de voyager si loin, dans des lieux qui dépassaient même les limites de leur imaginaire en une seule vie … Ma grand-mère, qui a grandi dans ce village, travaillant dans les champs est décédée durant l’été et me voilà, quelques mois plus tard dans un hotel fait sur mesure pour l’élite cosmopolite … C’est presque parodique. En tout cas, quelques pensées comme ça qui me traversaient l’esprit en savourant mon thé au jasmin.
Le lendemain matin nous sommes sortis des coins touristiques de Beijing pour aller dans le souk du thé, un building de 4 étages rien que pour du thé. Toutes sortes de thé, de toutes les régions de la Chine. Comme les souks d’épices de chez nous (dans les pays arabes), des sacs longent les petits kiosques, les bouches ouvertes, dégageant des couleurs, des saveurs et des arômes de thé vert, noir, blanc, orange … Et dans chaque kiosque nous accueille une table de dégustation traditionnelle, des petits verres délicats posés sur des plateaux en bois d’olive. Les mains de nos hôtes manipulant avec expertise les herbes, les infusant comme dans une danse légère, des mouvements si souples avec des objets si délicats m’ont toujours impressionée. On sait qu’on est loin des lieux touristiques quand on se trouve entouré de marchands qui ne connaissent même pas les mots les plus élémentaires en anglais. Thank you, please? Non même pas cela. C’était magnifique! bien que frustrant quand je n’arrivais pas à me faire comprendre. Du thé au jasmin, difficile de gesticuler cela! J’ai dégusté du thé toute la matinée, en conversant finalement avec une dame, la seule, on dirait dans le souk entier qui parlait un peu l’anglais tout en savourant différentes sortes de thé et en s’amusant avec des grains de citrouille grillés, relevés au thé vert. Une vraie délice. J’aurais pu rester assise là à observer notre dame infuser le thé, le déverser, tourner les petits verres dans ses doigts, nous faire sentir l’odeur du couvercle du minuscule pot, admirer la couleur de chaque thé, le sentir, j’aurais pu rester là toute la journée …
Après le thé, nous sommes allés consommer l’après-midi dans un autre souk, celui-ci fait sur mesure pour les touristes, des milliers d’objets de faux marques imitées pour presque rien. Les fake brand est un véritable art dans ce souk! Et il faut maîtriser tout aussi bien l’art de la négociation. Un tip pour ceux qui visiteront bientôt la Chine, paradez-vous en clients israéliens! Ça ne nous a pas pris longtemps pour découvrir qu’ils sont bien connus dans ce souk, d’abord pour leur appétit pour les fakes et toutes sortes d’autres objets de mode, et ensuite pour leur réputation de négociateurs impitoyables. Si vous faites l’erreur de vous déclarer canadien, attendez-vous à payer 10 fois plus cher au moins. Les Israéliens ont laissé une telle marque sur les marchands que la plupart nous addressaient la parole en hébreu rien qu’à nous voir! Tough tough clients, Israelis, combien de fois nous l’a t-on dit! They kill me, they kill me with their price! disaient d’autres. Juste pour vous donner une idée. Nous avions vus des lunettes, la dame nous les a offertse d’abord pour 1500 RDM, et après 30 minutes, elle avait baissé le prix jusqu’à 50!
Quelle ville que cette Beijing! On voit vite l’effet d’une croissance annuelle de 9% en moyenne. Par la fenêtre, le ciel en fin de semaine était clair, le soleil brillant. Lundi matin c’est tout le contraire, tout le monde au travail et cela se voit dans le nuage de smog qui tombe lourdement sur la ville, On dirait une tempête de sable comme dans les jours de mon enfance à Dubai.
Le matin de notre départ pour Shanghai, contrairement à tous les autres matins, il n’y avait quasiment pas d’Asiatiques dans la salle à manger de l’hotel. Les Occidentaux sont de retour. Deux gros et très bruyants Américains déjeunaient quand nous sommes arrivés. Ils parlaient à voix si hautes qu’on ne pouvait même pas les ignorer. Un vrai cliché. L’un d’eux parlait de l’avion qu’il comptait acheter. Mon Dieu, j’avais l’impression d’être tombée dans une scène de Dallas!
En tout cas, chers amis, je bavarde … Je vous écrirai de nouveau quand j’aurais eu la chance de visiter Shanghai. Et les photos viendront à mon retour à Montréal.
En vous souhaitant de joyeux temps des fêtes
Yara




2 Comments, Comment or Ping
Merci Yara les beaux mots.
December 28th, 2009
[pour]
December 28th, 2009
Reply to “Noël à Beijing”