Les milles visages de Shanghai


Chers amis,

Il est presque 6h du matin. Nous rentrons ce soir à Montréal. Hier était une magnifique journée. Je suis sortie très tôt le matin et j’ai pris le métro pour aller découvrir Shanghai à pieds. J’ai marché des heures et des heures, littéralement des dizaines de kilomètres si l’on juge par la distance et par les heures de marche (j’ai marché de 8h jusqu’à 16h l’après-midi, ne prenant qu’une pause café d’une demie heure!) et j’ai exploré des quartiers absolument fascinants, comme le quartier de la concession française qui date de l’époque où Shanghai était habitée par des milliers et de milliers de colons, de réfugiés, d’aventuriers et de marchands européens qui se sont établis dès le 18e siècle (avant même je pense) en diverses concessions territoriales. Shanghai était la porte vers la Chine, le centre de la commerce internationale de l’opium, du jeu, et de la prostitution.

Les Français, Anglais, Américains, Néerlandais et Russes sont tous venus et se sont établis soit pour faire la commerce avec les marchands chinois qui gouvernaient Shanghai, plus tard, pour fuir les deux guerres mondiales, la dépression des années trentes, soit pour se refaire une vie après un scandale dans le pays natal, ou vivre loin des restrictions victoriennes. Shanghai était un port complètement ouvert, pas besoin de passeport ou de n’importe quelle pièce d’identité pour y entrer et s’y installer. C’était un paradis pour celui qui voulait recommencer sa vie ou aller à l’aventure comme ces Européens qui ont laissé leur marque sur l’architecture.

De l’autre côté, il y avait aussi la Shanghai des Chinois, qui contrairement au reste de la Chine était divisée et gouvernée par différentes associations marchandes et de guildes, ce qui a contribué à lui donner ce caractère unique qu’on trouve nulle part ailleurs en Chine. J’ai marché aussi dans plusieurs des grandes artères ultramodernes de la ville aux dimensions hallucinnantes. Tellement que chaque intersection est couronnée d’un viaduc pour piétons en forme de grand rond-point suspendu au-dessus du boulevard.

Ces viaducs sont vraiment impressionnants, car ils ressemblent à des petites autoroutes flottant au-dessus des automobiles. Le design en rond point permet les piétons de se déplaer aisément vers les quatre coins du boulevard en-bas sans avoir à continuellement descendre et remonter des escaliers. De plus, ces viaducs offrent au piéton une vue incroyable sur la ville, son infractructure, son architecture, ses parcs qui sont nombreux et le grand mélange d’histoires et de cultures. Shanghai est un paradis pour ceux qui aiment découvrir en marchant.

Comme vous verrez dans les photos plus bas (j’ai utilisé une caméra pour laquelle j’ai le cable!), chaque rue est différente, tantôt chinoise, tantôt européenne, tantôt des allées en labyrinthe où le soleil pénétrait à peine, tantôt en grand boulevard, tantôt des vêtements suspendus au-dessus des trottoires, tantôt des lanternes rouges, tantôt des dômes de mosquées, tantôt des cathédrales, tantôt des gratte-ciels, tantôt des toits chinois et ça finit plus.

En marchant, j’ai compris que je me sens le plus chez moi dans ces villes qui sont toujours restées résolument modernes en se réinventant continuellement, en embrassant le zeitgeist de chaque époque et se l’appropriant, que ce soit l’époque coloniale européenne, où l’époque de la révolution culturelle chinoise. Des villes dont l’histoire est un palimpseste infini d’histoires et de vies réincarnées qui entrent tantôt en friction, tantôt en fusion. Shanghai, pour moi, ou Johannesbourg, une autre ville qui est née et qui renait continuellement, mille fois avant Londres ou Paris.


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