Manifeste pour un Québec pluraliste


Un groupe de chercheurs et de penseurs ont pris l’initiative d’écrire un texte pour défendre le pluralisme de la société québécoise et j’en suis très heureuse. Je vous prie de lire attentivement le texte et j’espère que vous pourriez ajouter votre nom à la liste des signataires. Si l’on se fie aux textes qui commencent à être publiés contre ce manifeste dans – quelle surprise – Le Devoir, les initiateurs de ce projet auront besoin de votre soutien.

Bonne lecture!

Yara

Nous sommes d’allégeances politiques et intellectuelles diverses, mais nous partageons une profonde inquiétude quant à la direction que prend le débat sur l’identité et le vivre-ensemble au Québec. Il nous semble qu’une vision ouverte, tolérante et pluraliste de la société québécoise, une vision qui est selon nous en continuité avec les grandes orientations du Québec moderne, se trouve occultée par deux courants de pensée qui sont en rupture avec cette évolution et avec notre histoire. Ces deux courants finissent par converger dans une manière de concevoir la société québécoise qui, selon nous, risque de priver le Québec du dynamisme qu’insuffle aux sociétés une posture d’accueil et de dialogue, conditions essentielles à l’élaboration d’un authentique vivre-ensemble.

Deux courants convergents

Nous qualifierions la première de ces visions de nationaliste conservatrice. Elle voit le Québec comme ayant fait de trop larges concessions envers la diversité culturelle ces dernières années. L’interculturalisme, la laïcité ouverte, les pratiques d’accommodement raisonnable, le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) et d’autres politiques semblables sont perçus par les tenants de cette position comme mettant en péril une culture québécoise authentique et comme éclipsant la mémoire de la majorité historique.

La seconde vision revendique une laïcité stricte. Elle récuse les manifestations religieuses « ostentatoires » dans la sphère publique. Elle entend renvoyer le religieux hors de l’espace public, non pas au nom de valeurs québécoises majoritaires, mais au nom d’une conception de la société qui préfère limiter tout signe d’allégeance religieuse au seul espace privé.

Ces deux courants, a priori différents, convergent concrètement de deux manières. D’abord, dans la mesure où les pratiques et les signes religieux des minorités sont toujours plus « visibles » aux yeux de la majorité que les siens propres, les tenants d’une laïcité stricte et ceux d’un nationalisme conservateur se rejoignent dans une même attitude d’intransigeance à l’endroit des minorités, exigeant qu’elles se plient à une vision de la société québécoise qu’elles n’auraient pas contribuée à forger. Les deux courants convergent également lorsqu’une laïcité stricte est invoquée à l’encontre de citoyens membres de confessions religieuses dont les croyances sont tenues pour incompatibles avec la laïcité de la société québécoise.

Or, il existe une autre vision de la société québécoise, plus ouverte, plus tolérante et surtout plus dynamique dans sa conception des rapports sociaux : nous croyons qu’elle correspond, mieux que ne le font les visions que nous venons de décrire, aux exigences de la vie en commun dans une société plurielle et aux orientations sociopolitiques du Québec. Cette vision est actuellement fragilisée par la place qu’occupent le nationalisme conservateur et la laïcité stricte dans le débat public, par le fait aussi qu’aucun des deux principaux partis politiques québécois ne s’en fait explicitement le porte-étendard (même si cette vision a été, à différentes époques, embrassée tant par le Parti québécois que par le Parti libéral du Québec). Nous souhaitons exposer ici cette position pluraliste, qui nous semble la plus apte à répondre aux défis du Québec d’aujourd’hui et de demain …. LIRE LE TEXTE EN ENTIER ICI



Expression arabe: Devant la catastrophe on ne peut que rire


Je suis collée comme tout le monde à l’écran de ma télé, suivant avec angoisse les événements dramatiques en Haïti. Mais cet après-midi, j’ai reçu ce vidéo en réponse à un texte précédent sur les mesures de sécurité de plus en plus aggressives dans les aéroports canadiens. Ça m’a fait rire et en ce moment de détresse devant la souffrance humaine, je pense que c’est une bonne chose de se permettre un peu d’humour, ne serait-ce que pour une minute.

Yara



Profilage


Deux semaines durant, j’ai eu droit à une pause de la folie qui s’est emparée du reste du monde. Pendant que des milliers de passagers se faisaient fouiller et agressés sur les frontières par des agents de sécurité à travers le monde, mon mari et moi sont passés à travers 2 aéroports différents en Chine, celui de Beijing et l’aéroport international de Shanghai sans jamais se sentir harcelés.

Pas de fils d’attente interminables, pas besoin de se déshabiller ou de construire un train de cabarets pour y mettre nos objets personnels avant de les faire scanner. Il y avait bel et bien un scanner, mais il suffisait de tout mettre dans un même cabaret, manteau, sac, ordi, car le personnel est bien entraîné pour tout voir sans avoir à tout éparpiller dans un contenant individuel. Vos bottes, ou ceintures ou bijoux font capoter le scanner? Pas besoin de les enlever, s’ils sonnent, on passe le scanner manuel sans jamais te toucher et c’est tout. En 1 minute tout est terminé.

J’arrive à Vancouver, sachant que mes bottes ont tendance à sonner, je les enlève à l’avance pour éviter qu’on me fouille, car la dernière fois qu’on la fait, c’était si agressant, si humiliant. La dame a littéralement mis ses mains dans mes sous-vêtements et sans qu’on soit dans une chambre à part, donc tout le monde a eu droit au spectacle et à voir le bas de mon ventre. Jamais, plus jamais, je ne laisserai quelqu’un me refaire cela, m’étais promise, alors je fais tout pour éviter cela.

J’enlève donc ma ceinture et mes bottes, je passe par la porte, rien ne sonne. Mes autres objets? Rien ne sonne et personne ne me demande d’ouvrir mon sac. Malgré cela, une agent vient tout à coup et me dit, it’s random search!! Random search my ASS. Cette fois-ci, j’ai décidé de ne plus me laisser faire. La dame, avec son faux sourire me dit, y a t-il des parties de votre corps qui sont douloureux (pour m’épargner la douleur quoi). Je réponds, avec le ton le plus ferme et le plus poliment menaçant que je pouvais sortir: Just DON’T put your HANDS between my legs, UNDERSTAND? en la regardant droit dans les yeux. La réaction de la dame mériterait un autre blog. J’avais réussi à l’intimider. Alors elle décide, vaut mieux amadouer cette Arabe. Alors elle se met à me poser des questions comme:

-Did you enjoy your trip? évidemment pendant qu’elle me fouille.
-I was enjoying it until now, je réponds.

Elle décide de ne rien dire. Elle est évidemment intimidée ce qui me réjouit. Car d’habitude, on me répond:

-It’s for your own security, Madame, auquel je réplique généralement:
-Non, Madame, it’s for YOUR own security.

Elle se rend jusqu’à mes pantalons. Je la régarde. Elle me tape de l’extérieur sans m’agresser.

-Thank you for cooperation, me dit-elle, avec son plus beau sourire. Je réponds
- Next time I pass without the scanner ringing and one of you decides to search me anyway, be sure that I WILL NOT cooperate. Have a good day, Madame.



Qui a peur des musulmanes?


Je m’étais promise de ne plus intervenir dans ce débat stérile, mais voilà que je lis plusieurs textes de suite qui me heurtent de gauche et de droite.
D’abord:

1) Une chronique de Nathalie Petrowski, critique culturelle de La presse, dans laquelle elle régurgite encore le cliché, femme voilée, femme soumise, en parlant d’une chanteuse rap française, Mélanie Georgiades, convertie à l’Islam depuis des années et qui a décidé récemment de porter le voile. Sommaire de son propos: Femme subversive, critique, jusqu’au moment où elle a décidé de subvertir le plus grand cliché de la France, sa phobie du voile, en le portant elle-même. Voilà donc que la subversive est soudain devenue soumise. En fait, ce que nous dit Petrowski, c’est qu’il y a une bonne façon d’être subversive et une mauvaise façon de le faire. On aime bien ça quand les musulmanes subvertissent leur identité musulmane, mais non, non, non, qu’elles ne se mettent pas à subvertir leur identité occidentale. Il n’y a qu’une manière d’être critique et subversive et c’est celle qui nous conforte dans nos idées préconçues et surtout qui ne nous déstabilisent pas, nous pauvres Occidentaux pris avec cet Autre qui nous dérange. J’ai envie de lui envoyer la définition du concept de subversion car il est évident qu’elle ne le comprend pas. Vraiment, je n’ai jamais lu un texte aussi inconscient de ses propres paradoxes.

2) Une chronique de Mario Roy, dans laquelle il reproduit les propos d’une pamphlétiste française contre le rapport Bouchard-Taylor, sans trop le commenter. Une manière assez lâche merci de dire ce qu’il pense en se cachant derrière quelqu’un d’autre. Encore une fois, le même discours alarmiste sur le pauvre Occident en crise identitaire.

3) Une chronique de Lysianne Gagnon sur l’émigration des Québécois de souche de Montréal, dans laquelle elle lamente leur départ et leur remplacement par des nouveaux arrivants, pauvres, et “pas sufisamment acculturés”. Le Montréal serait voué, dit-elle à la décadence, comme si ces immigrants n’avaient absolument rien de positif à apporter à la ville, surtout pas rien qui vient de leur culture. “Même si les retraités [de souche qui reviennent à Montréal] peuvent encourager les industries culturelles, ce ne sont pas eux qui vont remplir les écoles, revitaliser le commerce, fonder des entreprises et insuffler un élan dynamique à la ville”. Et les immigrants dans tout ça? Leurs enfants ne remplissent-ils pas les écoles? L’avenue du Parc, qu’est-elle donc qu’une série de commerces tenues par des immigrants nouveaux et anciens? L’entrepreneurship des immigrants dont les diplômes on refuse de reconnaître, ça ne compte pas? Comme si ce n’était pas assez insultant sa première chronique, elle revient au sujet dans sa chronique d’aujourd’hui armée des opinions de citoyens qui l’appuient et qui reproduisent les mêmes clichés.

4) Nouvelle du jour: Les Suisses décident à l’invitation d’un parti d’extrême droite que 4 minarets de mosquée en Suisse c’est déjà de trop dans un référendum qui est symptomatique de l’aversion, de plus en plus normalisée, acceptée, même célébrée, que l’Europe et ses anciennes colonies nord-américaines ont développé à l’Islam. Ici encore, femmes musulmanes soumises au secours pour attiser les pires stéréotypes.

Je lis ces textes, et d’autres encore qui s’accumulent à une vitesse étourdissante et ça m’enrage. Pire qu’être musulman vivant en Occident aujourd’hui, c’est être une FEMME musulmane qui a une quelconque pensée indépendante qu’on ne peut calquer facilement au cliché désiré.

Il n’y a rien de plus terrifiant en fin de compte qu’une femme musulmane instruite, professionnelle, subversive, et qui se veut toujours musulmane selon ses propres termes. Si l’on est voilée, on est automatiquement soumise, et si on ne l’est pas, mais qu’on n’adhère pas au discours islamophobe et au dogme laïciste, si on ne publie pas un manifeste dans lequel on se met en scène comme martyre de l’Islam, on est traitée d”islamiste camouflé, de stupide, de victime de lavage de cerveau ou notre voix est tout simplement ignorée, occultée.

Entre la soumise, et l’intégriste camouflée en intégrée, les femmes musulmanes perdent sur toute la ligne à moins qu’elles ne se SOUMETTENT, quelle ironie, au cliché des islamophobes, des assimilistes ou des missionnaires de la laïcité! Et on a le culot ensuite de dire, mais ces musulmans et musulmanes soi-disant “modérés”, pourquoi ne s’expriment-ils pas?

Déprimant. Voilà.



HELP BRING AL-JAZEERA ENGLISH TO CANADA!


FROM CANADIANS FOR JUSTICE AND PEACE IN THE MIDDLE-EAST:

30 Seconds to make a lasting improvement in Canadian media. (Version Française suit).

Dear Friends,

Starting on May 7th, the Canadian public was asked to comment on Aljazeera English’s application for the right to broadcast in Canada. Canadians have until June 8th to comment to the government (i.e. the CRTC) to accept Aljazeera’s application.

Please click here to submit your comments. It will take less than 60 seconds.

Several years ago, Aljazeera Arabic almost lost a very difficult battle to have the right to broadcast in Arabic in Canada, and the unprecedented conditions imposed in that decision have paralyzed its distribution.

More Info

Al Jazeera showed its commitment to fair and accurate reporting during the latest Israeli massacres in Gaza. It was also the only network to have journalists reporting from inside Gaza throughout the Israeli assault. On the other hand, the massacres in Gaza underscored just how partial Canadian media has become.

Although Al Jazeera English offers its broadcast for free, live, streaming on the internet, Canadians should have the right to view its programming in high definition on television. Please act now and let the CRTC know that we want Al Jazeera in Canada. If the CRTC gives Al Jazeera broadcasting rights it could be available in Canada by satellite and digital distribution by fall.

Warmest thanks,

The CJPME Leadership



GAZA: LETTRES DE PROTESTATION / WRITE TO YOUR DEPUTY


SVP TRANSFÉRER / PLEASE TRANSFER

Vous trouverez ICI une lettre prototype préparée par l’organisme CMP (Canadian Muslims for Palestine).

Je vous retranscris en-bas ma version de la lettre en anglais et une version que j’ai traduite en français.

Vous pouvez reprendre la même lettre ou ma lettre, la signer et l’envoyer ou s’en inspirer comme moi selon vos propres sensibilités.

For more ways to act for Gaza, click HERE

Pour d’autres possibilités d’engagement cliquer ICI

………………….

Lettre en français (ENGLISH LETTER BELOW):

Les honorables Lawrence Cannon, Ministre des Affaires étrangères et Stephen Harper, Premier ministre du Canada,

Mesdames et Messieurs les membres de l’opposition du Parlement et les chefs des partis de l’opposition Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe,

En tant que citoyenne canadienne, je vous écris pour protester contre la position que le Canada a prise suite aux attaques des forces israéliennes sur la population de Gaza. 430 Palestiniens ont été tués et au-delà de 2000 ont été blessés depuis le samedi 26 décembre 2008. Au-delà de 25% des victimes sont des femmes et des enfants et le nombre ne cesse d’augmenter.



SPHR: ACTION FOR GAZA


I FORWARD THIS MESSAGE FROM THE SPHR. YOU CAN HELP, CHOOSE THE ACTION THAT BEST SUITS YOU

While we are constantly planning and organizing as many events as we can for the cause, there are several actions which you can take for Gaza as well. To update you on the current situation, the death toll continues to rise, over 420 people today, and this massacre has been deemed the bloodiest since 1967. The conditions in the hospitals are very bad given that Gaza has been cut off from all vital resources by the UN and neighboring countries. Here are options that can be used to help Palestine through this crisis.

Financial Help :

Donations to Medical Aid for Palestine
Info :MAP is collecting donations to forward to Physicians for Human Rights - Israel for the Gaza Emergency medical campaign.
Web: http://mapcan.org/

Donations to Islamic Relief .
Website:https://www.islamicreliefcanada.org/Donate/tabid/61/Default.aspx

VIGILS AND DEMONSTRATIONS:

1) DEMONSTRATION (MONTREAL)
When: Sunday January 4th at 12:30.
Where: Square Cabot (corner St-Catherine and Atwater) near the Atwater Metro station.

2) PAJU will be holding a vigil. bring your candle on Friday January 2nd at 12:00 NOON at the corner of Ste-Catherine and Mcgill College. http://www.pajumontreal.org/paju_en/?/194-S-A-V-E-G-A-Z-A


PRESSURE AND ASSISTANC
E can help stop a crisis and protect civilians from harm.
1) CMP (Canadian Muslims for Palestine) are organizing a letter writing campaign to Foreign Affairs Minister, Mr. Lawrence Cannon, in order to lobby Canada’s complicity towards Israel’s illegal siege and ongoing sanctions over the civilian population in Gaza. www.cmpalestine.org.
2) Factsheets are available at www.cjpme.org and are available for anyone who wishes to distribute. These are very informative factsheets and will help raise awarness of the issue

We will keep you posted with other things you could do.Please keep Palestine in your prayers.

SPHR


SPHR is a non-profit, student-based organization that advocates on a strong social justice platform to uphold the rights of the Palestinian people in the face of human rights violations and all forms of racism, discrimination, misinformation and misrepresentation.
Through awareness raising, advocacy work, non-violent direct actions, solidarity building, and the promotion of Palestinian identity, culture and history, SPHR works to support and protect Palestinian human rights both locally and internationally.



Le monde arabo-musulman et le système de santé québécois


J’ai eu le plaisir d’organiser, le 25 septembre, un atelier de formation sur le monde arabo-musulman à l’invitation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Voici la présentation powerpoint [cliquer sur l'image]. Et plus bas, vous trouverez les références dont je me suis servie.

Yara



Moi, mes souliers me portent en Palestine


Je pars ce soir pour la Palestine, et j’amène les mots de Leclerc avec moi

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé
Ils m’ont porté de l’école à la guerre
J’ai traversé sur mes souliers ferrés
Le monde et sa misère

Au paradis, paraît-il, mes amis,
C’est pas la place pour les souliers vernis,
Depêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés …

Félix Leclerc, 1950



Arc-en-ciel


Le 31 juillet. Une journée pluvieuse, un peu étouffée. Dommage … car il faisant si beau en ce jour du 31 juillet 1989. Ce jour même, 19 ans plutôt, je descendis d’un avion.

Que les mythes ont changé depuis des millénaires. L’étranger qui apparaissait soudain dans la clairière, surprenant, inattendu, celui qui arrachait difficilement son bateau à la mer, soulagé d’avoir survécu à la fureur de Poséidon, atterrit aujourd’hui du ciel comme un extra-terrestre, accueilli par une congrégation d’ouvriers, d’officiers, de contrôleurs …

En écoutant distraitement le radio-journaliste se plaindre du temps, des images trottent dans ma tête, basculent l’une sur l’autre, dégringolent des lieux de ma mémoire gauchement, arbitrairement, avant de tomber sans ordre et sans invitation sur ma page.

Première image: Les heures passées au bureau de l’immigration, étendue sur les sièges froids et raides de la salle d’attente, oscillant entre sommeil et éveil. Tellement fatiguée. Épuisée.

- Qu’il est loin le Canada!, mon corps me disait.