Éloge de l’amitié


Ma chère amie et collègue Marie-Claude Haince m’a envoyée hier cette série de citations sur l’amitié que j’ai trouvé absolument magnifique. Lisez-les en pensant à vos amis.

L’amitié est une île d’éthique dans un monde sans morale où tous sont en guerre contre tous.
Francesco Alberoni, L’Amitié

L’amitié ne rend pas le malheur plus léger, mais en se faisant présence et dévouement, elle permet d’en partager le poids, et ouvre les portes de l’apaisement.
Tahar Ben Jelloun, Éloge de l’amitié

En amitié, toutes pensées, tous désirs, toutes attentes naissent sans parole et se partagent souvent dans une joie muette.
Khalil Gibran

L’amitié est une âme en deux corps.
Aristote, Éthique à Nicomaque

L’amitié naît lorsqu’on a pour l’autre une estime supérieure à celle qu’on a pour soi-même.
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain

On ne connaît personne sinon par l’amitié.
Saint-Augustin

L’amitié est l’union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques.
Emmanuel Kant, Doctrine élémentaire de l’éthique

L’amitié donne son lustre à la prospérité, et soulage en partageant les fardeaux de l’adversité.
Cicéron



Résonances


Chers lecteurs,

La contribution récente d’un texte par le professeur Achille Mbembe à Tropismes m’a donné une idée! Pourquoi pas créer un espace pour ceux parmi vous qui voudraient partager vos textes avec moi et d’autres lecteurs de ce site?

Alors voilà. J’ai crée la catégorie “Résonances”, dans laquelle vous trouverez désormais des contributions d’autres plumes que la mienne, dont, ci-dessous, le texte de Mbembe et un texte de mon amie Julie Fournier, Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque montréalaise, Analekta

Bonne lecture!

Yara



À la manière de …


Un texte qui m’a beaucoup touchée et qui m’a été offert en 2008 par ma grande amie Julie Fournier

Y.

JULIE FOURNIER

DRRRRIIIIIIIIING!

Un sourire se dessine. Je décroche avant la fin de la sonnerie, entendant d’avance la suite de sons à venir. Quatre syllabes, deux intervalles : sixte majeur ou septième diminuée, suivie d’une tierce mineure… dépendant de l’humeur de mon interlocutrice ou de la distorsion sonore de son cellulaire :

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Depuis plus de dix ans, ce petit motif musical est un prélude à un rituel bien établi. En quelques secondes, j’attrape mon sac, enfile mon manteau, claque la porte, dévale les escaliers de mon appartement pour la rejoindre et m’installer dans sa voiture à ses côtés.

Après quelques zigzags exécutés avec grande expertise dans les rues de Montréal, nous nous retrouvons assises confortablement l’une en face de l’autre, à une table d’un quelconque café ou restaurant. Heureuses, prêtes à converser et se confier.

Portés d’inflexions musicales bien à elle, les mots en français fusent, déboulent, se réinventent. J’observe, amusée, l’expressivité de son visage, ses gestes animés qui portent son discours. Avec une même intensité, elle me raconte tantôt ses petits bonheurs quotidiens, tantôt ses réflexions socio-politiques ou anthropologiques. À sa manière, elle tend une oreille attentive vers le monde qui l’entoure et en capte le beau, même dans ses dissonances. Yara la femme sforzando, la citoyenne engagée, la maman attentionnée, l’amie fidèle, la thésarde bientôt Docteure (à bas le monopole du titre par les médecins!) irradie d’intelligence, d’émotivité, de compassion.

J’ai oublié la genèse de cette relation, de cette amitié si riche et naturelle. Je crois qu’elle est d’abord née d’une passion commune pour la musique et ce qu’elle dévoile de nous et des autres. Et ensuite, au fil du temps, des échanges d’idées, des confidences et d’expériences vécues, la tradition s’est imposée.

Et maintenant, je ne peux qu’espérer que le petit motif musical de quatre syllabes et deux intervalles puisse retentir, encore et encore.

Da Capo … DRRRRRRIIIIIIIIIIIING!

Julie Fournier est Directrice de production et de E-commerce à la maison de disque, Analekta

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Afrique du sud 2010. En attendant la Coupe du monde de football


J’ai eu le plaisir de recevoir cette contribution à Tropismes de la part du penseur et chercheur Achille Mbembe. Bonne Lecture! Y.

ACHILLE MBEMBE

Le coup d’envoi de la prochaine Coupe du monde de football aura lieu dans moins d’une centaine de jours à Soccer City, dans la grande métropole afropolitaine de Johannesburg, non loin des lieux où autrefois les randlords exploitaient les mines d’or du Witwatersrand.

Dans ce stade ultramoderne doté d’une capacité de 90 000 places et dont l’architecture rappelle une “calebasse africaine”, l’Afrique du Sud apprendra au monde entier quelque chose de sa puissance potentielle. En retour, le monde apprendra –du moins on l’espère- quelque chose de la capacité de l’Afrique -ou en tous cas de sa nation la mieux organisée- à se tenir à hauteur de l’humanité.

Cette “chose de la joie” qu’est le football

Pour parvenir à ce but, il aura fallu franchir maints obstacles, et la course est loin d’être achevée. La décision de tenir ce tournoi en Afrique n’a jamais emporté une universelle adhésion. Comme chaque fois lorsqu’il s’agit de cette région du monde, la Bête, tapie dans le fourré, a vite fait de relever la tête.

Arguant tantôt de “l’incurie africaine générique”, des taux extraordinaires de criminalité, de la violence rampante et de l’insécurité, voire de la prévalence du SIDA, certains milieux de la droite et de l’extrême-droite en Angleterre, en Hollande, en Australie et en Allemagne auront fait feu de tout bois. N’hésitant pas à recourir aux préjugés les plus stupides, voire à une véritable campagne de désinformation, ils auront activement milité pour que soit retiré à ce pays le privilège d’abriter l’événement. Au passage, ils seront parvenus à instiller suffisamment de doute et de crainte dans l’esprit des plus peureux et des hésitants. L’image de l’Afrique du Sud aura été passablement ternie. La récession économique s’y ajoutant, l’on doit aujourd’hui réviser à la baisse le chiffre des visiteurs attendus pour ce rendez-vous quadriennal.

À trois mois de l’échéance, tout indique pourtant -sauf cas de force majeure- que le premier méga-événement de ce genre à se tenir en terre africaine sera un mémorable succès. Certes, l’Afrique du Sud n’est ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon. Mais elle n’est pas non plus un “pays africain ordinaire”. Première puissance économique du Continent, elle dispose d’infrastructures modernes, de solides institutions, d’une presse libre, d’une classe moyenne fort diversifiée et bien éduquée, d’élites industrielles et intellectuelles cosmopolites- et, lorsqu’il le faut, d’une remarquable volonté politique, d’un savoir-faire technique admirable et de réserves insoupçonnées de fierté et de dignité nationale que symbolise la figure tutélaire de Nelson Mandela.