De l’Oriental Plaza à Hillbrow en taxi


Chers tous,

Je vous écris juste avant de quitter Joburg. Ce séjour a été absolument magnifique. Il a dépassé toutes mes attentes. Les derniers jours ont été consacrés à découvrir d’autres quartiers et visages de la ville. Je suis allée à Mayfair, le quartier des communautés musulmanes africaines et sud-asiatiques. Donc des indiens musulmans, des pakistanais, des somaliens, etc. C’est incroyable, mais on a vraiment l’impression d’entrer dans un autre univers, où les filles qui sortent de l’école portent parfois des voiles, et les hommes, des jilbaba blancs. J’ai mangé avec deux amis dans un restaurant pakistanais qui s’appelle Bismillah (Au nom de Dieu en arabe). Absolument délicieux! Et nous sommes allées ensuite magasiner dans ce qu’on appelle le Oriental Plaza, un souk indien. Durant l’apartheid, le gouvernement avait concocter ce souk pour circonscrire les sud-africains d’origine indienne à un espace désigné, de peur qu’ils se mélangent avec les Blancs. Étant Indiens, et non tout à fait « Noirs », étant aussi pour la plus part des marchands qui interagissaient, de par leur métier, avec les différents groupes et communautés, incluant les Blancs, il y avait toujours « plus de chance » qu’il y ait des relations et des intermariages avec les Blancs, puisque les Indiens ( appartenant à la catégorie “colored”) ne subissaient pas les mêmes restrictions que les Noirs.

Alors le gouvernement de l’apartheid espérait les contenir en leur accordant un lieu pour socialiser loin des milieux blancs. La stratégie a eu l’effet contraire. Les tissus indiens et produits indiens ont été si populaires parmi la bourgeoisie blanche que le souk a vite gagné une réputation bien au-delà de la communauté indienne. Il est aujourd’hui l’un des lieux branchés de la ville. Je me suis achetée une magnifique jupe style “sari” et des souliers ottomans et des sacoches fabriquées en Afghanistan (vous voyez le genre!).



Une journée à Sun City et à Yeoville


Chers tous,

Je suis rentrée d’une très émouvante journée… J’étais allée avec une collègue en prison! Une artiste américaine a mis sur pied un projet de théâtre avec des femmes prisonnières qui sont initiées aux arts de la scène et qui donnent un spectacle de chant, de danse et de théâtre une fois par année. C’est souvent la seule occasion pour ces femmes pour sortir de leur prison et voir le monde extérieur. Le spectacle leur permet à la fois de raconter leurs histoires, exprimer leur sentiments, et guérir les blessures. Chaque femme durant le spectacle prend, à un moment donné, le mic et s’adresse à ses aimés, à la société, à elle-même… C’était si bouleversant de voir ces femmes partager leurs expériences… souvent des tragédies horribles…. Des femmes abandonnées ou abusées par leurs maris qui finissent dans la drogue et la prostitution, d’autres qui ont tué leur mari qui les abusait, d’autres encore qui ont été vendues par leur mère et père alcoolique… La souffrance, une souffrance inimaginable… Et de les voir, sur scène danser, chanter, dire leur peine. Et de voir dans leurs yeux la fierté d’être là devant nous entendues, appréciées…

Le spectacle s’inspirait surtout des musiques et danses traditionnelles de l’Afrique du Sud, que ce soit les danses zoulous ou les chants chorals… ou les gospels ou les chants liturgiques en anglais ou afrikaans. C’était absolument magnifique… J’ai pris en vidéo une partie du spectacle. L’un est du numéro d’ouverture dans lequel les femmes performent des danses traditionnelles et l’autre met en scène le chant choral qui est très répandu en Afrique du sud. Vous trouverez des extraits en cliquant sur le lien suivant:



Sawubona de Johannesburg


Mes chers tous,

Je vous écris depuis Johannesburg. Là où je suis allée à la fois pour entamer mes recherches postdoctorales que pour assister au Johannesburg Workshop in Theory and Criticism à Wits University qui est organisé par Achille Mbembe et un groupe de chercheurs de disciplines différentes.

Je suis arrivée dans la Cité d’or (Egoli, son nom africain original) dimanche matin et avant même d’entrer dans ma chambre d’auberge, je suis partie avec deux collègues que j’ai rencontré l’an dernier explorer la ville. Non. Pas de repos pour Yara, pas une minute à perdre. Trop de choses à vivre, à savourer. Nous sommes allées découvrir des installations d’art public au coeur du centreville, dans des quartiers que les gens ont peur de fréquenter à cause des rumeurs de violence et de criminalité. Nos rencontres avec les gens dans la rue m’ont beaucoup marquée.



South Africa as a contemporary frontier society


This post is a commentary on an ongoing conversation taking place about Race, Frontiers and Fences on the Johannesburg Workshop in Theory and Criticism Blog.
Yara El-Ghadban

Waiting for the Barbarians, J.M. Coetzee

Waiting for the Barbarians, J.M. Coetzee

Beyond the common knowledge of South Africa’s violent history and the anti-apartheid struggle, one of my first intimate encounters with South Africa was my reading of J.M. Coetzee’s Waiting for the Barbarians a few years ago. The image of this dusty frontier town stranded at the edge of nowhere and left to fend for itself in the dying days of the Empire against an imaginary barbarian army moving ever closer has stayed with me, as an especially eloquent account of the human capacity to distort reality in order to frame it within one’s own world view. For the reader quickly comes to understand that the feared Barbarians where never coming and that it is, au contraire, the settlers who kept going beyond the boundaries of their frontier town, provoking encounters with the Other that took place almost exclusively on Barbarian land. Despite this fact, the fear of an imminent invasion ends up plunging the town in a sort of collective hysteria and the town ends up collapsing in on itself, self-destructing through the symbolic torture of the Magistrate, the main character in the novel.
An important detail to point out, the Magistrate’s downfall begins with an intimate relationship with a Barbarian girl and his decision to take her back to her people after attempting to heal the wounds inflicted on her by his compatriots. Herein lies a perfect representation of an intrigue that keeps playing out again and again in the Western imagination. By showing the girl a grain of humanity, the magistrate is somehow corrupted and ends up being treated like a barbarian himself. What is especially perverse about this relationship, is how it is framed through a bestowing of generosity, sympathy and humanity by the magistrate on the girl. Through this relationship, the constant pushing of the frontier town’s boundaries into Barbarian land, the continual transgression and invasion of this land, is portrayed as a humanitarian mission, a good deed. The settler crosses into Barbarian land, not to colonize the Barbarians, invade their land or violate their women, but to save one of their own and return her to her people, even though she is returned blinded and maimed.
So what does this story tell us about the concept of the frontier? I think the operating word here is limit. Being at the frontier implies being on the precipice, on the edge. The colony being the last frontier of civilization and a place where settlers live at the limits of their own humanity. The lands beyond settler towns being mythical, magical, apocalyptical places where civilized human beings encounter spirits, barbarians and the ever-present potentiality of death. Every step beyond the boundaries of the frontier town implies either the risk of death, or even worse, contamination.
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Afrique du sud 2010. En attendant la Coupe du monde de football


J’ai eu le plaisir de recevoir cette contribution à Tropismes de la part du penseur et chercheur Achille Mbembe. Bonne Lecture! Y.

ACHILLE MBEMBE

Le coup d’envoi de la prochaine Coupe du monde de football aura lieu dans moins d’une centaine de jours à Soccer City, dans la grande métropole afropolitaine de Johannesburg, non loin des lieux où autrefois les randlords exploitaient les mines d’or du Witwatersrand.

Dans ce stade ultramoderne doté d’une capacité de 90 000 places et dont l’architecture rappelle une “calebasse africaine”, l’Afrique du Sud apprendra au monde entier quelque chose de sa puissance potentielle. En retour, le monde apprendra –du moins on l’espère- quelque chose de la capacité de l’Afrique -ou en tous cas de sa nation la mieux organisée- à se tenir à hauteur de l’humanité.

Cette “chose de la joie” qu’est le football

Pour parvenir à ce but, il aura fallu franchir maints obstacles, et la course est loin d’être achevée. La décision de tenir ce tournoi en Afrique n’a jamais emporté une universelle adhésion. Comme chaque fois lorsqu’il s’agit de cette région du monde, la Bête, tapie dans le fourré, a vite fait de relever la tête.

Arguant tantôt de “l’incurie africaine générique”, des taux extraordinaires de criminalité, de la violence rampante et de l’insécurité, voire de la prévalence du SIDA, certains milieux de la droite et de l’extrême-droite en Angleterre, en Hollande, en Australie et en Allemagne auront fait feu de tout bois. N’hésitant pas à recourir aux préjugés les plus stupides, voire à une véritable campagne de désinformation, ils auront activement milité pour que soit retiré à ce pays le privilège d’abriter l’événement. Au passage, ils seront parvenus à instiller suffisamment de doute et de crainte dans l’esprit des plus peureux et des hésitants. L’image de l’Afrique du Sud aura été passablement ternie. La récession économique s’y ajoutant, l’on doit aujourd’hui réviser à la baisse le chiffre des visiteurs attendus pour ce rendez-vous quadriennal.

À trois mois de l’échéance, tout indique pourtant -sauf cas de force majeure- que le premier méga-événement de ce genre à se tenir en terre africaine sera un mémorable succès. Certes, l’Afrique du Sud n’est ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon. Mais elle n’est pas non plus un “pays africain ordinaire”. Première puissance économique du Continent, elle dispose d’infrastructures modernes, de solides institutions, d’une presse libre, d’une classe moyenne fort diversifiée et bien éduquée, d’élites industrielles et intellectuelles cosmopolites- et, lorsqu’il le faut, d’une remarquable volonté politique, d’un savoir-faire technique admirable et de réserves insoupçonnées de fierté et de dignité nationale que symbolise la figure tutélaire de Nelson Mandela.



Learning isiZulu


Sawubona! (Hello in isiZulu)

As some of you might already know, I decided that my next research project would be on music in South Africa. So in preparation, I’ve started to learn one of South Africa’s 11 official languages, Zulu or as it is more appropriately called isiZulu. It’s a blast! But a challenge too. If there are any isiZulu speakers out there, who read this blog, I would love to get in some kind of language exchange with you. I need to practice! How about some of my Arabic or French for some of your Zulu?

Ngiyabonga! (Thank you!)

Yara



Souvenirs de Jobo: Mots et images


Chers tous,

Voilà, dernière nuit à Jobo. Je ne vous mentirai pas, j’ai le coeur serré. Cette ville m’a séduite, violente et laide qu’elle est, je m’y sens plus chez moi que dans la banlieue sécuritaire mais complètement vide de sens de Laval. Il y a eu aussi toutes les amitiés tissées. 10 jours de camaraderie intense depuis l’aube jusqu’à minuit. L’émotion est au rendez-vous.

Les dernières journées ont été particulièrement marquantes. Tour de ville avec un fonctionnaire civil chargé de l’agence de développement de la ville. Il a ajouté beaucoup de nuances sur le discours de Paula sur la violence, sur les buildings abandonnés du centre-ville, le succès et l’échec des projets de “regénération” des quartiers désuets. Cela étant dit, il y avait des ambiguités sur la contribution de l’agence à cette “regénération”. Son langage me dérangeait, surtout lorsqu’il parlait des “sink-holes”, des buildings en mauvais état et souvent habités par des sans-abris que la ville veut absolument réhabiliter pour les gentrifier. L’un de ces “sinkholes” est un petit immeuble qui abritait autrefois le bureau d’un jeune militant de l’ANC, Nelson Mandela. Il est aujourd’hui occupé par des familles pauvres, le propriétaire, un Indien, refuse de le céder au gouvernement étant tout à fait conscient de sa valeur affective dans cette Johannesburg post-apartheid. Résultat: l’édifice est en ruine et les différents groupes d’intérêt se battent toujours pour se l’approprier. [Cliquer sur les points de suspension ci-dessus pour lire et voir le reste]



Arrivée à Johannesburg


Chers tous,

Il est près de 14h ici à Johannesburg, Afrique du Sud. Je suis arrivée hier matin et le pays me fascine déjà. Une sud-africaine d’origine espagnole est venue me prendre de l’aéroport et m’a amenée à mon auberge dans une petite township très charmante pas trop loin du centreville qui me rappelle le côté moins prétentieux du plateau Mont-Royal. L’auberge est d’une beauté! Une petite maisonnette lovée dans un jardin tropical, tout est en bois ancien, très vieux, pas d’artifices, rien d’accorché aux murs, mais le toit est gravé comme les maisons victoriennes avec un chandelier au milieu. Tout est usé, bref magnifique. Ma chambre donne sur une porte patio vers le jardin et la salle de bain est à l’ancienne aussi, avec un bain sur pieds planté au milieu et un robinet en bronze rouillé. Pas de douche. J’ai l’impression d’avoir traversé le temps. L’auberge est sans doute une ancienne maison d’Afrikaners (les Blancs de l’Afrique du sud). Pas de téléphone, pas de télé, mais une connection internet! Pas de chauffage non plus. Il fait près de 4C le soir, avec une petite chauffeuse mobile et au moins six couvertures superposées de différentes textures pour nous garder au chaud. Le jour c’est autour de 16-17C. Je suis déjà sortie me promener, et je sais déjà où je passerai mes moments de réflexion pour le reste de mon séjour, un petit café-bistro sur le coin de ma rue, où on joue du blues, chaises en bois brulé, tables rouges, le tout très intime et encore une fois délivré de l’artifice des café modernes. On y fait d’excellents sandwichs et du café comme je l’aime, très chaud et fort sans être amer (du café Illy MC!). On peut y prendre un verre de vin ou une bière aussi. Je n’ai pas encore rencontré mes collègues. Les chambres sont assez isolées les unes des autres. C’est vraiment comme un petit cocon. Ce soir le Johannesburg Workshop in Theory and Criticism commence officiellement avec un souper chez Achille Mbembe.

On m’a avertie que le centreville est dangereux. C’est assez impressionnant car les gratte-ciel du loin sont très belles. Paula, la dame qui est venue me prendre me dit que Johannesburg est dotée de l’une des plus grandes concentrations d’Art Déco du monde. Or, cette belle architecture et son décor ont une triste histoire. Le Skyline du centre-ville est une illusion. 70% des buildings du centre-ville ont été abandonnés depuis que la bourse s’est déplacée vers le quartier nord de la ville. Toutes les corporations ont ausstôt suivi la bourse laissant derrière elles, un centreville fantôme où que des traders de rue se promènent et où des squatters ont occupé les buildings abandonnés. La nuit, c’es extrêmement périleux de s’y aventurer. Dans la périphérie de ce noyau vide, un autre quartier a été construit, le newtown. C’est le lieu où la vie de nuit se déroule, clubs, discothèques, théâtres, etc. Par contre, il est impossible de s’y proméner à pieds, trop de criminalité. D’ailleurs le transport en commun est quasi inexistant. Il n’y a que les taxis et là aussi, c’est très dangereux. C’est une véritable guerre de trenchés entre les taxis qui est traversée de tensions raciales. L’industrie du taxi est complètement non-légiférée, contrôlée par une véritable mafia et la corruption fait ravage. Pour la coupe mondial du Foot qui aura lieu à Jobo en 2010, le gouvernement a développé un réseau de micro-bus rapides. Imaginons que le gouvernement a dû tout geler car la mafia des taxis a menacé de planter des bombes à toutes les stations et à tuer ceux qui utilisent ce service!

Voilà le côté sombre de cette ville impressionnante où en prennant l’autoroute, on passe à côté des grandes dunes de terre excavée des mines d’or. Cela étant dit, en dehors du centreville, la situation est très différente. Ici, la township de Melville où nous restons, c’est plus comme un petit village. C’est quasi-autonome de la ville. Il y a un marché biologique à l’entrée de la banlieue, une petite maison d’objets d’artisanals à côté de mon auberge, des restos de tout genre, indien, japonais, portuguais, vietnamien, beaucoup de lounges où on peut prendre un drink en écoutant du bon jazz. Il y a aussi beaucoup de boutiques. On peut se promener en toute sécurité. C’est très cosmopolitain enfin. Voilà donc un petit bilan de ma première journée. Je vous reviens dans les jours qui viennent avec des petits comptes-rendus de l’atelier et des photos.

Cheers

Yara